Corde usée symbolisant burnout bore-out et brown-out

Burnout, Bore-out, Brown-out : trois formes d’épuisement qu’on confond trop souvent

Un fonctionnaire qui fait le travail de quatre. Un autre qui attend que les heures passent. Une collègue à qui on confie des tâches de stagiaire.

Même institution. Même service. Trois personnes épuisées.

Le premier court depuis deux ans. Les dossiers s’accumulent. Une urgence en chasse une autre. Pas de renfort. Il doit compenser le manque d’effectif du service. Le corps tient par automatisme. Jusqu’au jour où il ne peut plus se lever.

Le second s’ennuie. On ne lui confie plus rien. Il vient au bureau pour occuper une chaise. Relégué dans un service pour lequel il n’a aucune appétence. Ses compétences dorment. Son cerveau s’éteint lentement. Le soir, il rentre vidé. Pas par l’effort. Par le vide.

La troisième ne comprend plus. Elle a quinze ans d’expérience dans le management d’équipes. Pourtant, on lui donne des tâches basiques, loin de son niveau. Le conflit entre ce qu’elle fait et ce qu’elle sait faire la ronge de l’intérieur.

Trois dynamiques. Trois effondrements. Un même constat : le système nerveux sature.

Et on parle de ressources humaines ?
Mais que veut dire le H dans tout ça ?


Sommaire


Trois mots pour trois maux distincts

On utilise souvent « stress », « épuisement », « mal-être » comme si c’était synonyme.
Mais les causes ne sont pas les mêmes. Les ressentis non plus.

Burnout : s’user par trop de charge.
Bore-out : s’user par trop peu de stimulation.
Brown-out : s’user par l’absurdité du travail.

Ces trois syndromes peuvent se croiser, se superposer. Ou passer de l’un à l’autre selon les réorganisations, les changements de management, les crises institutionnelles.

Mais les mécanismes psychologiques sont différents. Et l’hypnose ne les aborde pas de la même façon.


Burnout : quand le corps dit stop

L’Organisation Mondiale de la Santé classe le burnout comme un phénomène lié au travail dans sa Classification Internationale des Maladies (CIM-11, 2019). Pas une maladie en soi. Un syndrome d’épuisement professionnel.

Il apparaît quand :

  • La charge dépasse durablement les capacités
  • L’environnement impose un rythme incompatible avec la récupération
  • Les alertes sont ignorées
  • La personne fonctionne en mode « urgence permanente »

Les signes documentés par l’OMS :

  • Épuisement émotionnel et physique
  • Distanciation mentale (cynisme, détachement)
  • Effondrement de l’efficacité professionnelle

Un directeur d’établissement scolaire. La gestion administrative explose. Les réformes se succèdent. Les parents d’élèves deviennent agressifs. Les équipes sont en sous-effectif. Le rectorat envoie des injonctions contradictoires.

Il tient. Jusqu’au jour où il ne tient plus.

Oui, les chefs aussi craquent.
J’ai vu des commandants d’unité en arrêt. Épuisés par le système. Isolés. Pris en étau entre la hiérarchie et leurs équipes. Tiraillés entre ce qu’il faudrait faire et ce qu’on leur ordonne de faire.

Le burnout ne fait pas de différence entre grades et galons. Il suit la charge. Pas l’organigramme.

Pour le détail complet des mécanismes et des populations à risque, voir mon article dédié au burnout.


Bore-out : l’épuisement par le vide

Le bore-out, c’est l’inverse du burnout. Pas trop de travail. Pas assez. Ou pire : un travail vidé de toute substance.

Ce que ça donne concrètement

Un fonctionnaire dans un service. On ne lui confie plus de missions. On ne l’invite plus aux réunions. Il reste au bureau. Huit heures par jour. À attendre, à consulter des sites internet, à faire semblant d’être occupé.

Quand il évoque le dysfonctionnement, son chef lui rétorque :
« Vous n’allez pas vous plaindre, vous êtes en Corse. »

Comme si on devait se contenter de l’absence d’activité. Du manque d’implication des uns. De l’imposture des autres. D’un avancement inexistant pour les plus qualifiés quand « les anciens » prennent du galon — comme si l’ancienneté faisait la compétence.

Comme si on devait supporter des collègues feignants, « candidats à rien, potentiel atteint ».

Comme si on devait supporter d’être le triste témoin d’une institution qui nivelle par le bas.

« Pas de couille, pas d’embrouille. »
Voilà le crédo.

Un adjudant de Gendarmerie veut traiter ses procédures correctement. On lui fait remarquer :
« Mon Adjudant, vous imaginez si vous traitez vos procédures, les autres vont devoir s’y mettre et ça risque de créer des tensions dans votre peloton. Non, transmettez plutôt le dossier à la BMO. »

Le message est clair : ne pas faire de vague. Ne pas pointer les failles. Niveler par le bas.

Qui ça touche

  • Personnes « placardisées » après réorganisation ou conflit
  • Agents publics dans des postes gelés (collectivités, administrations restructurées)
  • Fonctionnaires techniques sous-exploités après fusion de services
  • Salariés du privé dans des postes redondants post-réorganisation
  • Seniors en fin de carrière dont on attend le départ

En juin 2020, la Cour d’appel de Paris a condamné un employeur pour bore-out, reconnaissant que la privation de travail constitue une forme de harcèlement moral.

Le piège de la culpabilité

Le bore-out génère une souffrance particulière : comment expliquer qu’on est épuisé alors qu’on ne fait rien ?

Les collègues ne comprennent pas :
« Tu ne fais rien de tes journées, pourquoi tu serais fatigué ? »

L’entourage non plus :
« Au moins tu es tranquille, profites-en. »

La personne finit par minimiser elle-même :
« Ça pourrait être pire. D’autres, sur le continent, sont débordés. »

Mais le corps, lui, ne ment pas. L’ennui chronique use. La sous-stimulation génère anxiété, perte d’estime, sentiment d’imposture à l’envers (« Je vais être découvert… pour ne rien faire »).

David Graeber l’a documenté dans Bullshit Jobs (2018) : le sentiment d’inutilité provoque une fatigue massive, parfois plus destructrice que la surcharge.


Brown-out : l’épuisement par l’absurde

L’ennui use. Mais l’absurdité aussi.

Le brown-out, littéralement « baisse de tension », désigne une perte de motivation due à l’absurdité des tâches confiées.

Ce n’est pas de l’ennui. Ce n’est pas de la surcharge. C’est un effondrement par perte de sens.

Concrètement ce que ça donne

Un gendarme en patrouille.

Premier confinement COVID. Les consignes changent toutes les 48 heures.

Lundi : verbaliser les sorties non justifiées.
Mercredi : ne plus verbaliser, juste sensibiliser.
Vendredi : verbaliser à nouveau, mais avec discernement.
Samedi : consignes contradictoires selon les territoires.

Et pendant ce temps, les citoyens se rédigent eux-mêmes leurs attestations de sortie.
On ne peut pas faire plus absurde.

Le conflit n’est pas avec le citoyen. Le conflit est interne : appliquer des règles qu’on sait incohérentes. Être l’interface d’un système qui se contredit. Porter l’uniforme tout en sachant que la logique n’existe plus.

Plusieurs camarades ont craqué durant cette période. Pas par surcharge (burnout). Pas par ennui (bore-out). Par perte de sens (brown-out).


Une commandante de compagnie ordonne de faire des contrôles de véhicules dans des ronds-points.

On lui fait remarquer que ça va à l’encontre de la sécurité des personnels et, accessoirement, contre la doctrine d’emploi de l’armement et des dispositifs d’interception comme la herse…

Elle s’offusque :
« Mon adjudant, vous n’allez pas vous y mettre ! »

Le message est clair : on n’est pas là pour réfléchir. On est là pour exécuter.


Une contractuelle en poste depuis quelques mois.

Poste administratif. On lui confie des tâches basiques, loin de son niveau de compétence.

Elle ne s’ennuie pas vraiment. Elle est active. Mais le conflit entre ce qu’elle fait et ce qu’elle sait faire la vide de l’intérieur.


Des agents de la Mutualité Sociale Agricole.

Elles gèrent les adhérents au téléphone, à l’accueil. Les plaintes. Les doléances. Les chantages au suicide pour accélérer un dossier de subvention. Démêler le vrai du faux. Encaisser la détresse. Appliquer les procédures.

Elles n’ont pas de formation pour ça. Ou très peu. Elles sont en première ligne face à la détresse sociale. Avec pour seul outil : les procédures administratives.

J’ai suivi la formation Sentinelle avec certaines d’entre elles. J’ai vu leur désarroi. Leur sentiment d’impuissance. Elles veulent aider. Mais le système ne leur donne pas les moyens.


Et ce phénomène ne touche pas que les missions opérationnelles.


Un responsable d’un service de mobilités professionnelles.

Son témoignage est probablement le plus significatif.

Son rôle, officiellement : informer, accompagner, ouvrir des perspectives.

Mais sa direction lui demande officieusement de freiner les départs. De « faire comprendre » que les demandes ont très peu de chances d’aboutir.

Conflit total entre la mission affichée et la mission réelle.
Il se retrouve à décourager les personnes qu’il était censé aider.

Un jour, pourtant, un dossier passe. Il me dit :
« C’est la première fois depuis des années que j’ai l’impression que ce que je fais sert à quelque chose. »

Ce type de fracture éthique est l’essence même du brown-out : quand la fonction officielle contredit le sens profond de la mission.


Ces dernières années ont révélé quelque chose qu’on préférait ignorer : l’absurdité ne touche pas que le secteur privé. Elle traverse aussi les institutions. Gendarmerie, police, hôpitaux, éducation. Partout où les injonctions contradictoires deviennent la norme.

La différence avec la démotivation classique

Le brown-out, ce n’est pas une baisse de motivation passagère.

C’est une fracture entre ce qu’on fait et ce qu’on croit juste.

Un policier municipal qui verbalise des sans-abris alors qu’il sait que ce n’est pas la solution.
Un agent hospitalier qui applique des protocoles qu’il sait potentiellement dangereux pour les patients.
Un enseignant qui passe plus de temps à cocher des cases bureaucratiques qu’à enseigner.

Le brown-out, c’est le conflit éthique devenu quotidien.

Le Dr François Baumann le définit dans Brown-out, quand le travail n’a plus aucun sens (2018) comme « une baisse de tension et d’attention au travail, une prise de conscience brutale de l’absurdité de son métier qui paralyse. »


Ce qui les relie : le silence

Ces trois syndromes ont un point commun : la difficulté à dire « je suis épuisé ».

Pourquoi ?

Bore-out : L’entourage compare. « Tu ne fais rien, pourquoi tu serais fatigué ? »
Brown-out : L’organisation normalise. « C’est comme ça partout, faut faire avec. »
Burnout : L’individu minimise. « Ça pourrait être pire. »

Le piège, c’est le déni fonctionnel. On continue à fonctionner… jusqu’au point de rupture.

Dans certaines institutions, ce déni est alimenté par un discours toxique. Depuis la publication de mon article sur le burnout, j’ai reçu plusieurs témoignages. L’un d’eux m’a particulièrement marqué. Un ancien gendarme a écrit : « Seuls les faibles tombent et les bourreaux avancent très rapidement dans leur carrière. »

Non. Ce ne sont pas les « faibles » qui tombent. Ce sont ceux qui tiennent trop longtemps, trop seuls. Ceux à qui on répète qu’ils doivent « tenir ». Que c’est normal. Que les autres y arrivent bien.

Dans les trois cas, le corps finit par dire ce que la bouche ne peut pas formuler.


Lequel vous concerne ? Questions pour clarifier

  1. Votre fatigue vient-elle d’un excès de tâches ou d’un manque de tâches ?
  2. Est-ce la quantité ou la nature du travail qui vous épuise ?
  3. Vous sentez-vous inutile dans votre poste ?
  4. Avez-vous honte d’être fatigué parce que vous « n’êtes pas débordé » ?
  5. Avez-vous l’impression d’exécuter des décisions sans logique ?
  6. Vos valeurs personnelles sont-elles respectées dans votre travail ?
  7. Votre motivation chute-t-elle quand vous pensez à la journée du lendemain ?
  8. Vous vous dites souvent « À quoi bon ? » ou « Pourquoi je fais ça ? »

Ces questions permettent d’identifier le type d’épuisement professionnel dont vous souffrez peut-être : burn-out (trop de tâches), bore-out (pas assez de tâches), ou brown-out (perte de sens).


Pour les professionnels exposés à des situations critiques (forces de l’ordre, pompiers, urgentistes, militaires, agents pénitentiaires), le stress opérationnel ajoute une couche spécifique :

  • Hypervigilance qui ne s’arrête plus hors service
  • Pensées intrusives (images, sons, sensations)
  • Sommeil profondément dégradé
  • Détachement émotionnel progressif
  • Irritabilité explosive ou anesthésie émotionnelle

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Tableau : les différences en un coup d’œil

CritèresBurnoutBore-outBrown-out
Charge de travailTropPas assezVariable
Cause centraleSurchargeSous-utilisationPerte de sens
Émotion dominanteÉpuisementInutilitéIncohérence
Phrase typique« Je n’en peux plus »« À quoi je sers ? »« Pourquoi je fais ça ? »
Risque principalEffondrement physiqueDépression cachéeCynisme / désengagement

L’hypnose face à ces trois épuisements

L’hypnose n’aborde pas ces trois syndromes de la même manière. Parce que les mécanismes ne sont pas les mêmes.

Il n’existe pas de protocole standard. Chaque accompagnement est personnalisé.

Face au burnout

On ne demande pas au corps de « se détendre » (il ne sait plus comment). On reconstruit progressivement la sensation de sécurité intérieure. Le système nerveux réapprend que ralentir n’est pas une trahison.

Face au bore-out

On ne force pas l’activité dans un poste figé (souvent impossible à transformer). On réactive le mouvement interne, le sentiment d’importance personnelle. Pas nécessairement dans le travail, mais dans d’autres sphères de vie.

Face au brown-out

On ne combat pas l’organisation. On clarifie les marges de manœuvre réelles, on réaligne ce qui peut l’être, on reconstruit la cohérence entre valeurs et actions.


Pourquoi j’en parle

En plus de vingt ans de carrière, j’ai vu ces trois épuisements de près. Trop près parfois.

Le collègue en surcharge chronique qui tient jusqu’à ce qu’il craque. Celui qu’on met au placard parce qu’il a fait l’erreur de dire « J’ai besoin de souffler ». Celle dont on sous-exploite les compétences, mois après mois, année après année.

À un moment, j’ai choisi de partir. Pas par fuite. Par cohérence. Pour ne plus être le témoin silencieux d’un système qui use ses gens. Un système où, comme l’a écrit un ancien camarade, « seuls les faibles tombent et les bourreaux avancent ».

Je ne le répèterai jamais assez : non, ce ne sont pas les faibles qui tombent. Ce sont ceux qui tiennent seuls depuis trop longtemps.

Aujourd’hui, j’accompagne ceux qui sont encore dedans. Ceux qui cherchent leurs marges de manœuvre. Ceux qui se demandent s’ils doivent partir ou rester. Quelle que soit l’institution. Quel que soit le secteur d’activité.

[En savoir plus sur mon parcours]


Car ne vous méprenez pas : on retrouve ces trois épuisements partout.
Celui en surcharge. Celui qu’on sous-exploite. Celle qui doit faire le contraire de ce qu’elle sait juste.

Trois mécanismes distincts. Un même résultat : l’effondrement du sens, du corps ou des deux.

Et on parle de ressources humaines ?
Ont-ils oublié ce que signifie le H ?
L’ont-ils seulement su un jour ?

Quand une institution oublie le H, elle finit par chasser les R.


Ressources

  • OMS (2019) – Classification Internationale des Maladies (CIM-11) → Définition du burnout
  • Cour d’appel de Paris, 2 juin 2020 – Reconnaissance juridique du bore-out comme forme de harcèlement moral
  • David Graeber (2018) – Bullshit Jobs → Voir sur Babelio
  • François Baumann (2018) – Brown-out, quand le travail n’a plus aucun sens → Voir sur Babelio

Pour aller plus loin

Baromètre Stress Opérationnel (10 questions, 3 min, anonyme) → Évaluer mon niveau

Burnout à Ajaccio : sortir de l’épuisement professionnelLire l’article

Hypnose ericksonienne : ce que c’est et… ce que ce n’est pasLire l’article


Si vous vous reconnaissez

Votre institution ne changera pas demain. Votre employeur non plus.
Mais vous, vous pouvez décider de ne plus porter ça seul.

À Ajaccio.
Un rendez-vous pour faire le point, retrouver de la marge et identifier ce qui reste sous votre contrôle.