Burnout à Ajaccio : sortir de l’épuisement professionnel
Quand on parle du burnout, on pense souvent au cadre sup qui craque en open space, au manager débordé qui fait un malaise en réunion ou à l’enseignant qui n’en peut plus.
Oui, mais pas seulement.
Il y a aussi ceux qu’on ne voit jamais : le gendarme qui accumule les interventions traumatiques en silence. L’infirmière d’EHPAD qui s’échine sans reconnaissance. L’aidant familial qui s’oublie complètement pour tenir un proche à bout de forces.
L’épuisement professionnel ne discrimine pas. Il frappe. Différemment selon les contextes. Mais avec la même violence.
Cet article parle du burnout. Du vrai. Pas celui des slides RH.
Spoiler Alert : durant toute ma carrière dans la gendarmerie, je n’ai jamais eu ne serait-ce qu’une heure de sensibilisation au burnout ou aux risques psychosociaux. Et vous ?
Sommaire
- Burnout : définition et mécanismes
- Les trois visages du burnout qu’on ne voit jamais
- Signaux d’alerte : quand consulter ?
- Comment l’hypnose aide (sans promesse miracle)
Burnout : définition et mécanismes
Ce que dit l’OMS
Le burnout (ou syndrome d’épuisement professionnel) est reconnu depuis 2019 par l’Organisation Mondiale de la Santé comme un « phénomène lié au travail ».
Pas une maladie mentale. Un phénomène.
Autrement dit : le problème, ce n’est pas vous. C’est votre environnement de travail.
Trois dimensions :
- Épuisement émotionnel et physique (la batterie est vide)
- Dépersonnalisation / cynisme (distance mentale vis-à-vis du travail, perte de sens)
- Sentiment d’inefficacité (impression de ne plus rien maîtriser, incompétence)
Ce qu’on oublie de dire
Le burnout n’arrive pas du jour au lendemain. C’est une érosion progressive. Un feu qui couve longtemps avant de tout consumer.
On ne « fait » pas un burnout. On s’y enfonce.
Et contrairement à l’idée reçue, ce n’est pas réservé aux carriéristes acharnés ou aux perfectionnistes névrosés.
Le burnout touche aussi – et surtout – ceux qui donnent trop. Trop longtemps.
Les professions d’aide, d’urgence, de soin, d’intervention sont des terrains minés.
Les trois visages du burnout qu’on ne voit jamais
1. Les personnels de l’intervention : gendarmes, policiers, pompiers, soignants d’urgence
La culture du « tiens bon ».
Dans ces métiers, craquer est un aveu de faiblesse. On ne parle pas ; on serre les dents ; on prend sur soi.
J’ai été gendarme. Négociateur régional. Je sais ce que c’est que d’enchaîner les interventions difficiles, de rentrer chez soi avec des images, des déclarations, des aveux qu’on ne peut partager avec personne, de faire semblant d’aller bien parce que « c’est le métier ».
24 ans de carrière. 0 heure de sensibilisation aux risques psychosociaux.
À l’accueil, dans les couloirs, en salle café : des affiches colorées. « Prenez soin de vous ». « Parlez-en ».
Il y en avait une, notamment : « LE STRESS AU TRAVAIL C’EST TOUJOURS LA FAUTE DU CHEF » – en gros titre. Puis en dessous, dans une bulle : « FAUX ! » suivi d’un pavé explicatif pour noyer le message.
On nous a demandé de la retirer. Trop de « manque de congruence ». Comprenez : le gros titre restait dans les têtes. Et ça laissait penser que c’était justement à cause de la hiérarchie.
La culture du parapluie. On affiche pour se couvrir. Pas pour agir.
L’absence de prévention institutionnelle
Le BSST ? Ils vérifient les extincteurs. Les BAES (sorties de secours). Tout est aux normes. Pour le matériel.
Pour l’humain ? Rien.
On forme au tir, au combat, à la procédure. Mais on ne forme pas à tenir mentalement.
Il y a bien des psychologues. Deux. Pour toute la Corse. Apparemment, on est riche !
Et le protocole, c’est à vous de faire la démarche. D’aller les voir. De lever la main pour dire « je n’en peux plus ».
Sauf que dans ces métiers, demander de l’aide peut coûter cher. Évaluation de l’aptitude. Mutation. Mise à l’écart. Le message est clair : si tu craques, tu n’es plus fiable.
Pas de débriefing systématique après intervention traumatique. Juste un protocole qui fait porter le poids à celui qui souffre.
Pas d’espace pour dire « j’ai besoin de souffler 5 minutes. » sans être étiqueté. Fragile. Cassos. Dépressif. Suicidaire.
C’est fou comme les gens vous collent une étiquette sans même vous demander : « Qu’est-ce qui ne va pas ? En quoi puis-je t’aider ? »
Les agents pénitentiaires connaissent ça aussi. L’enfermement (pas seulement celui des détenus), les insultes quotidiennes, les menaces, les violences. Et cette même injonction : tenir. Parce que c’est le métier.
Le problème, c’est que le stress post-traumatique cumulé + la pression institutionnelle + l’absence de reconnaissance (hiérarchie, population) + l’impossibilité de montrer sa vulnérabilité = cocktail explosif.
Les symptômes ?
- Sentiment de ne plus reconnaître la personne qu’on était
- Hypervigilance constante (même en congé)
- Irritabilité, agressivité
- Troubles du sommeil, cauchemars
- Consommation d’alcool ou de psychotropes pour « tenir »
- Isolement social (y compris de la famille)
Et quand on craque, on se dit : « Je n’aurais pas dû. Je suis formé pour ça. »
Non. Tu n’es pas une machine.
Ces métiers usent. Par ce qu’on voit, par ce qu’on donne. Sans retour, sans reconnaissance, sans fin. On en a fait une normalité. Mais l’épuisement, lui, n’est pas normal et bien réel.
Le burnout ici n’est pas qu’organisationnel. Il est aussi traumatique.
2. Les soignants « invisibles » : EHPAD, psychiatrie, libéraux isolés
L’épuisement compassionnel.
On parle beaucoup des urgences hospitalières. Moins des EHPA, des services psychiatriques sous-dotés ou des infirmières libérales qui enchaînent 12 patients par jour sans temps de respiration.
Ces soignants-là accumulent :
- La charge émotionnelle (accompagner la fin de vie, la déchéance, la souffrance psychique)
- Le manque de reconnaissance (salaires faibles, moyens inexistants)
- L’isolement (libéraux) ou l’abandon institutionnel (services en sous-effectif chronique)
Ils finissent par s’anesthésier émotionnellement pour continuer. C’est ce qu’on appelle « l’endurcissement défensif ».
Sauf que cette anesthésie a un prix : perte de sens, cynisme, culpabilité (« Je ne ressens plus rien pour mes patients »), idées suicidaires.
Le burnout des soignants invisibles, c’est aussi le deuil de l’idéal : celui qu’ils avaient en commençant ce métier. Le deuil d’une vocation. Le deuil de ce qu’on pensait pouvoir apporter.
Et puis il y a ceux qui donnent sans même avoir choisi. Ils n’ont pas de statut. Aucune reconnaissance. Et ne peuvent s’accorder aucune pause.
3. Les aidants familiaux : les grands oubliés
11 millions d’aidants en France. Combien en burnout ?
Un aidant, c’est quelqu’un qui accompagne un proche en perte d’autonomie (maladie chronique, handicap, vieillissement, Alzheimer…).
Contrairement aux professionnels, l’aidant n’a pas choisi ce rôle. Il ne peut pas démissionner. Il n’a pas de pause.
Et souvent, il n’a même pas le soutien de sa propre famille. Celle qui trouve toujours une excuse pour ne pas venir. Celle qui juge sans aider.
Les symptômes de l’épuisement de l’aidant :
- Culpabilité permanente (ne jamais en faire assez)
- Isolement social (plus de vie personnelle)
- Épuisement physique (lever la nuit, porter, surveiller)
- Troubles anxio-dépressifs
- Colère rentrée (parfois envers la personne aidée, puis culpabilité d’avoir ressenti cette colère)
La société ne les voit pas. Ils s’oublient eux-mêmes.
Et quand ils craquent, ils ont l’impression de trahir.
Non. Craquer, c’est humain. S’autoriser à dire « je n’en peux plus » n’est pas un abandon. C’est une lucidité.
Simone de Beauvoir écrivait dans Une mort très douce :
« Il n’y a pas de mort naturelle : rien de ce qui arrive à l’homme n’est jamais naturel puisque sa présence met le monde en question. Tous les hommes sont mortels : mais pour chaque homme sa mort est un accident et, même s’il la connaît et y consent, une violence indue.«
On pourrait dire la même chose de l’épuisement : il n’y a pas d’épuisement naturel. S’user au travail, s’oublier pour les autres, ce n’est pas normal. Même si on « connaît les risques ». Même si on a « choisi ce métier ».
C’est une violence. Silencieuse, mais violence quand même.
Signaux d’alerte : quand consulter ?
Voici la liste qu’on trouve partout. Celle des symptômes. Je la mets parce qu’elle est utile. Mais ce n’est pas ça qui fait la différence.
Ce qui fait la différence, c’est UNE question :
« Est-ce que tu te reconnais encore quand tu te regardes dans le miroir ? »
Si la réponse est non, peu importe les cases cochées. C’est le moment de consulter.
Maintenant, voici les signaux qui doivent alerter :
Physiquement
- Fatigue chronique qui ne passe pas avec le repos
- Troubles du sommeil (insomnies, réveils nocturnes, cauchemars)
- Troubles digestifs, maux de tête récurrents, tensions musculaires
- Sensibilité accrue aux infections (système immunitaire affaibli)
Emotionnellement
- Irritabilité, agressivité disproportionnée
- Crises de larmes incontrôlables ou au contraire : plus aucune émotion
- Anxiété permanente, sentiment de menace diffuse
- Perte de sens, sentiment de vide
Cognitivement
- Difficultés de concentration, oublis fréquents
- Ruminations incessantes
- Difficulté à prendre des décisions (même simples)
Comportementalement
- Isolement social (évitement des proches, des collègues)
- Consommation accrue d’alcool, de tabac, de médicaments
- Procrastination extrême ou au contraire : hyperactivité compulsive
- Idées noires, pensées suicidaires
Si plusieurs de ces signaux sont présents depuis plusieurs semaines : il est temps de consulter.
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Comment l’hypnose aide (sans promesse miracle)
L’hypnose ericksonienne n’est pas une baguette magique : elle ne fera pas disparaître les conditions de travail toxiques – ni les gens qui le sont, ne remplacera pas un arrêt maladie si nécessaire et ne compensera pas un manque de moyens institutionnels.
Mais elle peut aider à retrouver des ressources internes qu’on croyait perdues.
Ce que l’hypnose permet
- Réguler le système nerveux : sortir de l’hypervigilance chronique, retrouver des phases de récupération réelle
- Restaurer le sommeil : réapprendre à dormir sans médication (ou en complément d’un traitement médical si nécessaire)
- Apaiser les ruminations : créer de la distance mentale avec les pensées toxiques
- Recontacter les émotions (pour ceux qui se sont anesthésiés) ou au contraire les réguler (pour ceux qui sont submergés)
- Retrouver du sens : renouer avec ce qui compte vraiment, au-delà de l’injonction à « tenir »
Mon approche
Je ne fais pas de l’hypnose « relaxante » avec musique zen et voix suave.
Mon approche vient de la négociation de crise : négocier avec l’inconscient. Pas le combattre.
Quand on est en burnout, l’inconscient crie. Il envoie des symptômes. Insomnies, irritabilité, ruminations. Parce que consciemment, on n’a pas écouté.
En séance, on ne travaille pas sur le « lâcher prise ». On cherche ce que l’inconscient essaie de dire. Pourquoi ce réveil à 03h47, toutes les nuits ? Que protège réellement ma colère ? Et ce vide que je ressens signale quoi ?
L’hypnose ericksonienne, c’est créer un espace où l’inconscient peut enfin parler. Et trouver ses solutions. Pas celles d’un thérapeute qui sait mieux que vous ce qui est bon pour vous.
J’accompagne. Je ne sauve personne. Parce que c’est vous qui avez les clés.
Pour aller plus loin
Numéros utiles
- 3114 : Numéro national de prévention du suicide (gratuit, 24h/24) → Accéder au site
- PSYCOM – Santé Mentale Info : Lignes d’écoute de soutien psychologique, par profession, par thème → Accéder au site
- Croix-Rouge Écoute : N° Vert 0 800 858 858 (soutien psychologique, dont aidants) → En savoir plus
Ressources professionnelles
- Baromètre Stress Opérationnel (10 questions, 3 min, anonyme) → Évaluer mon niveau
- Écoute Défense : N° Vert 0 808 800 321 → Accéder au site
- Association française des aidants → Accéder au site
- Corse ARS Santé : guide pratique à destination des aidants → Télécharger le guide
- SPS (Soins aux Professionnels en Santé) : N° Vert 0 805 23 23 36 → Accéder au site
Se former aux Premiers Secours en Santé Mentale
PSSM France : formation citoyenne pour apprendre à repérer les signes de détresse psychique et orienter vers les bonnes ressources. Ouverte à tous. → Accéder au site
Lectures recommandées
- Le deuil ne se limite pas à la mort – Comprendre ce processus universel → Lire l’article
- « Burn-out : Le détecter et le prévenir », Catherine Vasey → Voir sur Babelio
- « L’après Burn-out », Dr François Baumann → Voir sur Babelio
- « Aidants, ces invisibles », Hélène Rossinot → Voir sur Babelio
L’épuisement professionnel n’est pas une fatalité.
Il ne disparaît pas tout seul. Mais il ne définit pas non plus qui vous êtes.
Demander de l’aide n’est pas un aveu de faiblesse. C’est une lucidité. Une décision.
Vous êtes épuisé(e), vous n’en pouvez plus, vous avez l’impression d’être seul(e).
Pourtant, vous ne l’êtes pas.
Je suis hypnothérapeute et secouriste en santé mentale à Ajaccio. Ex-gendarme, ex-négociateur régional. Je sais ce que c’est que de tenir quand tout s’effondre.
Vous n’êtes pas obligé(e) de tenir seul(e).
Je ne vais pas vous dire que « tout ira bien ». Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est qu’on peut avancer ensemble pour que vous retrouviez une marge de manœuvre.
Pas de promesse miracle. Je guide. Vous faites le chemin.
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