Le deuil ne se limite pas à la mort – Comprendre ce processus universel
On parle souvent du deuil après un décès. Mais qu’en est-il du divorce, de la perte d’emploi, de la fin d’un projet de vie ? Le deuil est partout. Et personne ne nous apprend vraiment à le traverser.
On ne se remet pas d’un deuil. On apprend à vivre avec un poids différent.
Christian Bobin, La plus que vive
Sommaire
- Qu’est-ce que le deuil, vraiment ?
- Les phases du deuil : un chemin non linéaire
- Les différents types de deuil
- Les réactions normales (mais déstabilisantes) du deuil
- Quand le deuil devient pathologique
- Comment l’hypnose ericksonienne peut accompagner le deuil ?
- Conseils pratiques pour traverser un deuil
Qu’est-ce que le deuil, vraiment ?
Quand on dit « deuil », la première image qui vient, c’est un enterrement. Une perte irréversible. La mort d’un proche.
Mais le deuil, c’est bien plus large que ça.
Le deuil, c’est le processus psychologique que vous traversez face à toute perte significative.
Pas seulement la mort. Toute perte qui vient bouleverser votre équilibre, votre identité, votre vision du futur.
Les deuils invisibles
Vous pouvez faire le deuil :
- D’une relation
Divorce, rupture amoureuse, fin d’une amitié profonde. Vous ne perdez pas qu’une personne. Vous perdez aussi les projets que vous aviez construits avec elle, les habitudes partagées, une partie de votre identité de couple ou d’ami.
- D’une identité
Retraite après 40 ans de carrière. Reconversion professionnelle. Fin de carrière sportive. Licenciement. Vous ne perdez pas qu’un job. Vous perdez un statut social, une routine, parfois même le sens que vous donniez à votre vie.
- D’un projet
Infertilité après des années d’essais. Projet entrepreneurial qui échoue. Rêve abandonné (études non réalisées, déménagement impossible). Vous ne perdez pas qu’une idée. Vous perdez un futur que vous aviez imaginé, construit mentalement, dans lequel vous vous étiez projeté.
- D’une fonction
Parent dont l’enfant quitte le foyer (syndrome du nid vide). Aidant familial dont le proche décède ou est placé en institution. Militaire, gendarme, pompier qui quitte le corps. Vous ne perdez pas qu’un rôle. Vous perdez une raison de vous lever le matin, une mission qui structurait votre quotidien.
- De votre santé
Diagnostic d’une maladie chronique (diabète, sclérose en plaques, cancer). Handicap suite à un accident. Vieillissement qui vous fait perdre votre autonomie. Vous ne perdez pas que des capacités physiques. Vous perdez l’image que vous aviez de vous, le corps qui vous obéissait, la liberté d’agir sans contrainte.
Le deuil n’a pas besoin d’un cercueil pour être légitime.
Si vous souffrez, c’est réel. Si ça vous bouleverse, c’est normal. Peu importe ce qu’ils en pensent.
Les phases du deuil : un chemin non linéaire
On connaît tous le modèle des 5 étapes du deuil, théorisé par la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross dans les années 60.
C’est un repère utile. Mais c’est aussi trompeur si on le prend au pied de la lettre.
Les 5 étapes de Kübler-Ross
1. Le déni
« Ce n’est pas possible. Pas à moi. Pas maintenant. »
Votre cerveau refuse la réalité. C’est une protection naturelle face au choc.
2. La colère
« Pourquoi moi ? C’est injuste ! C’est de sa faute, de leur faute, de la faute du destin ! »
La rage surgit. Contre vous, contre l’autre, contre le monde entier. C’est une manière de reprendre un peu de contrôle sur une situation où vous n’en avez aucun.
3. Le marchandage
« Et si j’avais fait autrement… Si seulement j’avais dit ça… Si j’avais agi plus tôt… »
Vous négociez mentalement avec le passé, avec Dieu, avec vous-même. Vous cherchez une issue, une porte de sortie qui n’existe pas.
4. La dépression
« À quoi bon continuer ? Plus rien n’a de sens. »
L’effondrement. La tristesse profonde. L’épuisement. Le vide. C’est la phase où vous touchez le fond.
5. L’acceptation
« C’est là. Je ne peux pas changer ce qui s’est passé. Mais je peux avancer avec. »
Ce n’est pas l’oubli. Ce n’est pas la joie retrouvée. C’est juste la capacité à continuer à vivre malgré la perte.
La réalité : ce n’est pas un escalier
Non, le deuil n’est pas un escalier qu’on monte marche par marche.
C’est plutôt une mer agitée. Parfois calme, parfois violente. Et certains jours, la vague du déni revient alors que vous pensiez avoir accepté.
Vous pouvez :
- Passer de la colère à l’acceptation, puis retomber dans la dépression
- Sauter des étapes (certains ne connaissent jamais la colère)
- Rester bloqué sur une phase pendant des mois, voire des années
- Vivre plusieurs étapes en même temps (colère ET dépression, déni ET marchandage)
Le temps ne guérit pas tout seul. Il faut traverser, pas juste attendre.
Laisser passer les mois en espérant que « ça ira mieux » ne suffit pas toujours. Parfois, le deuil se fige. Et c’est là qu’un accompagnement devient nécessaire.
Les différents types de deuil
Tous les deuils ne se ressemblent pas. Certains sont visibles, reconnus, accompagnés. D’autres sont invisibles, minimisés, ignorés.
• Le deuil anticipé
C’est celui que vous commencez à vivre avant la perte effective.
Quand un proche est en phase terminale d’une maladie. Lorsque vous savez que votre couple va vers la séparation. Quand vous sentez venir le licenciement.
Double souffrance : l’attente angoissée + la perte elle-même.
Parfois, quand la perte arrive enfin, vous ressentez du soulagement. Et puis de la culpabilité d’être soulagé. C’est normal. Vous êtes juste épuisé d’avoir déjà traversé une partie du deuil en avance.
• Le deuil blanc (ou ambigu)
C’est probablement le deuil le plus cruel.
La personne est vivante, mais « perdue ». Alzheimer. Démence. Coma prolongé. Addiction sévère qui transforme la personne en fantôme d’elle-même.
Annie Ernaux, dans Je ne suis pas sortie de ma nuit, décrit ce deuil impossible : « Elle était là, mais ce n’était plus elle. »
Impossible de faire votre deuil. Impossible de retrouver la personne.
Vous êtes coincé entre deux mondes. Vous ne pouvez ni avancer, ni revenir en arrière. C’est un deuil interminable, souvent non reconnu par l’entourage qui vous dit « Mais il est encore là ! »
Oui. Et non.
• Le deuil compliqué / pathologique
C’est quand le processus se fige. Quand vous restez bloqué dans une phase sans pouvoir en sortir.
Déni durable (refus total de la réalité pendant des années). Dépression majeure (incapacité totale à fonctionner, idées suicidaires). Colère chronique qui détruit tout autour de vous.
Ce n’est pas un échec. C’est juste un signal que vous avez besoin d’aide professionnelle.
• Le deuil périnatal / infertilité
La perte d’un enfant jamais né ou décédé en bas âge.
Fausse couche. Mort in utero. Décès néonatal. Infertilité après des années d’essais.
Souvent minimisé par l’entourage : « Vous êtes jeune, vous en aurez d’autres. » « C’était pas vraiment un bébé encore. » « Au moins vous ne l’avez pas connu. »
Stop ! Tais-toi ! C’est encore ce que tu as de mieux à faire !
Et si on vous a déjà dit ça, vous avez le droit de ne pas pardonner.
Parce que c’est un enfant que vous aviez imaginé. Une chambre que vous aviez décorée. Parce que c’est un projet de vie qui s’effondre. Parce que c’est une identité de parent qu’on vous refuse.
Le deuil est réel. La douleur est légitime.
• Le deuil social / identitaire
Vous perdez votre statut, votre rôle, votre fonction.
Retraite après une carrière qui définissait votre identité. Licenciement qui vous fait perdre votre place sociale. Fin de carrière sportive (vous n’êtes plus « le sportif »). Reconversion professionnelle (vous quittez un métier que vous aimiez).
« Je ne sais plus qui je suis sans ce rôle. »
C’est un deuil invisible. Personne ne vous envoie de condoléances. Mais la perte est immense.
• Le deuil par rupture / séparation
Vous faites le deuil :
- De la relation elle-même
- Du projet de vie commun (la maison, les enfants, les projets d’avenir)
- De l’image du couple que vous formiez
- Parfois même de votre entourage (amis communs qui choisissent un camp, même inconsciemment)
Complexité supplémentaire quand il y a des enfants : vous continuez à voir votre ex régulièrement. Le deuil ne peut jamais vraiment se clore. Vous devez réinventer une relation alors que vous êtes en plein effondrement.
Tous les deuils ne se valent pas. Mais tous méritent d’être reconnus.
Les réactions normales (mais déstabilisantes) du deuil
Le deuil ne touche pas que votre moral. Il envahit tout : vos émotions, votre corps, vos pensées, vos comportements.
Voici ce qui est normal, même si c’est perturbant :
Emotionnellement
- Tristesse intense, pleurs incontrôlables (parfois sans déclencheur apparent)
- Colère explosive (contre vous, l’autre, le destin, Dieu, les médecins, le monde entier)
- Culpabilité envahissante (« J’aurais dû faire plus », « C’est de ma faute »)
- Soulagement (et culpabilité d’être soulagé, surtout après une longue maladie ou une relation toxique)
- Vide émotionnel, anesthésie affective (vous ne ressentez plus rien, comme si vous étiez coupé de vous-même)
Cognitivement
- Pensées obsessionnelles (rumination en boucle sur les derniers moments, les « et si… »)
- Difficulté à vous concentrer, à suivre une conversation, à lire
- Oublis fréquents (vous perdez vos clés, vous oubliez des rendez-vous)
- Sensation d’irréalité, comme si vous viviez dans un film, déconnecté du monde
Physiquement
- Fatigue extrême (même après une nuit complète, vous êtes épuisé)
- Troubles du sommeil (insomnie ou, au contraire, hypersomnie – dormir 12h sans récupérer)
- Perte ou prise de poids rapide (perte d’appétit ou compensation alimentaire)
- Douleurs somatiques (oppression thoracique, nœud à l’estomac, mal de dos)
- Sensations de présence (voir la personne décédée dans la rue, entendre sa voix, sentir son parfum)
Comportementalement
- Évitement (fuir les lieux, les conversations, les souvenirs qui font mal)
- Hyperactivité compulsive (vous remplir l’agenda pour ne pas penser)
- Isolement social (vous ne voulez voir personne, vous déclinez toutes les invitations)
- Attachement excessif aux objets (garder tous les vêtements, ne rien jeter, transformer une pièce en sanctuaire)
Non, vous ne devenez pas fou. Oui, c’est normal de sentir sa présence. Non, pleurer 6 mois après, ce n’est pas « trop long ».
Le deuil a son propre tempo. Pas celui de la société qui t’impose de « passer à autre chose ».
Quand le deuil devient pathologique
Il y a une différence entre un deuil normal (même s’il dure longtemps, même s’il est douloureux) et un deuil bloqué qui nécessite une aide professionnelle.
Signaux d’alerte
- Déni persistant au-delà de plusieurs mois
Refus total de la réalité. Vous continuez à mettre son couvert à table, à lui parler comme s’il était là, à nier activement ce qui s’est passé.
- Dépression majeure
Idées suicidaires récurrentes. Incapacité totale à fonctionner (ne plus sortir du lit, ne plus vous laver, ne plus manger). Perte totale de sens.
- Colère destructrice
Violence envers vous-même (automutilation, conduites à risque) ou envers les autres (agressivité incontrôlable, envie de vengeance obsessionnelle).
- Évitement généralisé
Vous ne sortez plus de chez vous. Vous coupez tous liens sociaux. Vous fuyez systématiquement tout ce qui pourrait vous rappeler la perte, au point de ne plus vivre.
- Culpabilité envahissante et délirante
Vous vous reprochez tout, même ce qui échappe à votre contrôle. Vous vous punissez en permanence. Vous vous interdisez d’aller mieux.
- Complications physiques graves
Anorexie ou boulimie sévère. Addictions (alcool, drogues, médicaments). Maladies psychosomatiques (ulcères, problèmes cardiaques).
Demander de l’aide n’est pas un échec.
C’est reconnaître que tu as besoin d’une boussole quand tu es perdu en montagne.
Médecin, psychologue, psychiatre, hypnothérapeute… Peu importe qui. Ce qui compte, c’est de ne pas rester seul face à un deuil qui vous dévore.
Comment l’hypnose ericksonienne peut accompagner le deuil ?
Soyons clairs tout de suite.
Ce que l’hypnose ne fait PAS
- Elle n’efface pas la douleur (et ce n’est pas le but)
- Elle ne vous fait pas « oublier »
- Elle ne remplace pas un suivi psychothérapeutique si nécessaire
- Elle ne « guérit » pas le deuil (le deuil ne se guérit pas, il se traverse)
Ce que l’hypnose permet
- Apaiser les émotions submersives
Quand la colère ou la tristesse vous empêchent de fonctionner, l’hypnose peut créer un espace de respiration. Pas pour supprimer l’émotion, mais pour la rendre supportable.
- Accéder aux ressources inconscientes
Moments de paix que vous avez vécus. Souvenirs apaisants. Capacités que vous avez déjà utilisées pour traverser d’autres épreuves. Votre inconscient a des ressources. L’hypnose les rend accessibles.
- Négocier avec la culpabilité
Déconstruire les « j’aurais dû » qui tournent en boucle. Réintroduire de la nuance, de la compassion envers vous-même. Vous permettre de poser ce sac à dos trop lourd.
- Accompagner les rituels de séparation symboliques
Dire au revoir intérieurement. Formuler ce que vous n’avez pas pu dire. Trouver une forme de clôture quand la vie ne vous en a pas offert.
- Restaurer le sommeil
Quand l’insomnie chronique vous épuise, l’hypnose peut aider à retrouver un peu de repos. Le sommeil ne règle pas le deuil, mais il permet de tenir debout.
- Faciliter l’acceptation progressive
Sans forcer. À votre rythme. En respectant vos résistances. Parce que l’acceptation ne se décrète pas. Elle se construit, petit à petit.
L’angle qui change tout
Le deuil, ce n’est pas un problème à résoudre. C’est un chemin à traverser.
L’hypnose, c’est comme une lanterne quand la nuit est trop noire pour avancer seul.
Conseils pratiques pour traverser un deuil
Parce que la théorie, c’est bien. Mais vous avez aussi besoin d’outils concrets, n’est-ce pas ?
- Acceptez que ça prenne du temps
Il n’y a pas de chronomètre. Certains mettent 6 mois, d’autres 3 ans. Ce n’est pas une course.
- Ne comparez pas votre deuil
Votre collègue a « rebondi » en 2 mois après son divorce ? Tant mieux pour lui. Vous, vous avez le droit de prendre plus de temps. Chacun son rythme.
- Parlez-en
Même si c’est dur. Même si les autres sont maladroits. Même si vous avez l’impression de radoter. Parler, c’est déjà commencer à traverser la perte.
- Autorisez-vous les moments de répit
Rire ne trahit pas la mémoire. Vous sentir bien par moments ne veut pas dire que vous oubliez. Vous avez le droit de respirer.
- Ritualisez si besoin
Écrire une lettre que vous ne pourrez jamais envoyer. Garder un objet symbolique. Créer un lieu de recueillement (physique ou mental). Les rituels aident à structurer le chaos.
- Limitez les décisions importantes
Évitez de tout chambouler dans l’urgence (déménagement, vente de maison, rupture professionnelle). Attendez d’avoir un peu de recul. Les décisions prises en plein deuil sont souvent des fuites.
- Consultez si ça ne bouge pas
Médecin, psychologue, hypnothérapeute… Selon vos besoins. Si vous sentez que vous tournez en rond, que vous vous enfoncez, que vous n’avancez plus : demandez de l’aide.
Le deuil ne se « fait » pas. Il se traverse.
Avec des hauts, des bas, des rechutes. Et c’est normal.
Vous n’avez pas à être fort tout le temps. Tu as juste à avancer, même lentement.
Pour aller plus loin : quelques livres sur le deuil
Le deuil est un sujet universel. Depuis toujours, écrivains et penseurs tentent de mettre des mots sur cette traversée douloureuse.
Voici quelques œuvres qui m’ont accompagnées, et qui peuvent vous accompagner, vous consoler ou simplement vous faire sentir moins seul :
Roland Barthes – Journal de deuil (Seuil, 2009)
Après la mort de sa mère, Barthes note chaque jour sa douleur, sa colère, ses moments d’absence. Fragmenté, brutal, d’une honnêteté déchirante.
→ Découvrir sur Babelio
Annie Ernaux – Je ne suis pas sortie de ma nuit (Gallimard, 1997)
Le deuil blanc d’une mère atteinte d’Alzheimer. Ernaux décrit l’effacement progressif, l’impossibilité de faire son deuil tant que la personne est vivante.
→ Découvrir sur Babelio
Christian Bobin – La plus que vive (Gallimard, 1996)
Après la mort de sa compagne, Bobin écrit la poésie du manque. Court, lumineux malgré la douleur.
→ Découvrir sur Babelio
Joan Didion – L’année de la pensée magique (Grasset, 2007)
Après la mort brutale de son mari, Didion analyse son propre déni, ses rituels absurdes, sa tentative de « négocier » avec la réalité.
→ Découvrir sur Babelio
Christophe André – Et n’oublie pas d’être heureux (Odile Jacob, 2014)
Approche plus accessible, psychiatrique et bienveillante. Le chapitre sur le deuil est particulièrement éclairant.
→ Découvrir sur Babelio
Ces livres ne remplacent pas un accompagnement thérapeutique, c’est évident. Néanmoins, ils peuvent être de précieux alliés. Personnellement, j’adore les livres de Christophe André : accessibles, bienveillants, sans blabla inutile. Tout ce que j’aime ! Alors si vous ne savez pas par où commencer, c’est celui-ci que je vous conseille.
Conclusion
Le deuil est universel. Qu’il suive un décès, une séparation, une perte de projet ou d’identité, il mérite d’être reconnu et accompagné.
Ce n’est pas une faiblesse de demander de l’aide. C’est du courage.
Si vous traversez un deuil et que vous sentez que vous tournez en rond, l’hypnose ericksonienne peut vous aider à retrouver un peu d’air.
Pas pour oublier. Juste pour respirer à nouveau.
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