Séance hypnose ericksonienne cabinet Ajaccio - espace consultation Gregory Grossi

Hypnose : les deux côtés du fauteuil

– Partie 1 –

Quand j’ai testé l’hypnose (ça ne marchera pas sur moi)

J’ai testé l’hypnose pour une raison simple : je voulais comprendre.

Pas parce que j’avais un problème à résoudre. Pas parce que quelqu’un me l’a conseillé. Juste parce que je partais du principe qu’on ne peut pas expliquer, faire vivre ou accompagner quelque chose qu’on n’a pas expérimenté soi-même.

Militaire. Cartésien. Rationnel. Le genre à vérifier les faits avant de tirer une conclusion.

Alors oui, j’étais curieux. Mais surtout, je voulais voir si j’étais capable d’entrer en état d’hypnose. Et si c’est aussi puissant qu’on le raconte.


Sommaire


Le test à domicile : le soir où ça a commencé

Un soir, seul chez moi, je me dis : « Allez, on teste. »

Sur internet, il y a des centaines de vidéos de séances guidées. J’en lance une. Sans vraiment y croire, mais bon. Je suis chez moi, c’est gratuit, j’ai rien à perdre. J’ai vérifié le praticien – ses références, son éthique. Il a l’air d’être quelqu’un de bien. Ça me rassure. Sans ça, je n’aurais pas tenté.

Au bout de quelques instants – impossible de dire combien de temps – je sens mes paupières devenir lourdes.

Et là, mon esprit de contrariété toujours à l’affût, je résiste. Comme si je voulais me prouver que ça ne marcherait pas sur moi. Que je garde le contrôle.

Puis je me dis : « Bon, allez, je laisse faire. De toute façon je suis encore conscient, donc ça n’a aucun effet. »

À moins que ce soit la conséquence des suggestions indirectes qui m’arrivent au fur et à mesure ?

Mes yeux se ferment. Je vois des formes, des couleurs. Des pensées vont et viennent, des images apparaissent.

C’est fou ce qu’on voit bien les yeux fermés !

Puis une impression nouvelle se fait sentir. Je me sens « ailleurs » tout en ayant bien conscience du poids de mon corps sur mon siège.

Et soudain ma tête commence à faire des petits à-coups. À droite. À gauche. Comme si mon corps validait ou refusait les mots que j’entends. Comme l’aiguille d’un compas qui indiquerait des caps à suivre. Sans que je décide quoi que ce soit.

À cet instant, je me rends compte que j’ai un peu perdu le fil de ce qui est dit.

Mais je sens qu’il se passe… quelque chose.

« Oui, y’a vraiment un truc là ! »


La démonstration (trop) spectaculaire : ou comment j’ai failli tout rejeter

Quelque temps après, Jour 1 de ma formation de Technicien en hypnose ericksonienne. J’assiste à une vraie démonstration, en direct.

Et là, c’est le festival.

Tête qui penche. Corps qui bouge tout seul. Émotions vives. Larmes puis sourire, puis joie intense. La personne semble sortir d’un sommeil profond sans se rappeler ce qui vient de se produire sous nos yeux.

Ma réaction intérieure : « C’est du bidon. Trop gros pour être vrai. »

Je viens quand même au Jour 2 (parce que j’ai payé) mais avec un léger goût amer…

Puis les jours passent, les cours et les exercices sont variés, tout le groupe travaille bien ensemble.

Et j’apprends que la personne de la démonstration avait déjà de la pratique. Elle savait entrer en état d’hypnose, ses blocages étaient levés depuis longtemps. Le travail était plus profond, plus puissant. Et pour nous spectateurs, plus spectaculaire.

Là, j’ai compris : l’hypnose, c’est un apprentissage.

Après tout, quel athlète est devenu champion à sa séance d’essai ? Personne. Comme personne n’entre en transe profonde à la première séance. Ou alors exceptionnellement : quand la personne est très motivée, très très curieuse, et que le rapport de confiance est très très très solide.

Ça m’a calmé sur « l’effet spectacle ». Et ça m’a donné envie de creuser plus loin.


L’évidence : « C’est ça qu’il me manque »

Médiations de crise. Séquestration familiale. Individu armé, retranché, qui ne veut plus rien entendre. Menace de suicide.

Notre boulot de négociateurs, c’était pas de convaincre. C’était de créer un espace où la personne pouvait se reconnecter à une autre issue.

Pas de protocole. Pas de script. Juste écouter. Vraiment écouter. Lire ce qui n’est pas dit. Adapter notre langage au sien. Gérer notre propre stress pour ne pas le transmettre.

Et surtout, jamais forcer. Forcer quelqu’un en crise, c’est le perdre.

Un jour – bien avant de m’intéresser au sujet – je lis le livre d’un ancien négociateur du GIGN. J’avais peur que ce soit cliché comme beaucoup de livres sur les anciens des forces spéciales. Je l’ai lu en deux soirées. J’étais absorbé par son histoire.

Et plus j’avançais dans le livre, plus ça confirmait mon ressenti : il y a de l’hypnose dans la négociation.

C’est ça qu’il me manque. Je dois me former. L’hypnose nourrira la Négo.

Sauf que plus j’avançais dans ma formation, plus je sentais l’inverse se produire.

Ce n’était pas l’hypnose qui serait au service de la Négo mais l’inverse : la Négo nourrira ma pratique de l’hypnose.

Et finalement, le déclic : je ne veux plus m’en servir en situation d’urgence. Je veux toujours aider, mais aider ce qui vient avant.


La régression : quand l’enfant que tu étais te réconcilie avec l’adulte que tu es

A la toute fin de ma formation, séance avec ma formatrice.

Dernier exercice du cycle de Praticien : une régression. Je me porte volontaire. L’objectif étant de parcourir ma ligne du temps pour remonter jusqu’à un moment clé de ma vie.

Avant de commencer, elle me dit un truc qui va tout changer : « Si un mot ne te convient pas, change-le. Adapte-le à ce qui te correspond mieux. Tu restes acteur. »

Les fusibles posés, la séance commence (ou plutôt, elle continue).

Sa voix. Le rythme de sa respiration. Les suggestions.

Et pendant un moment, mon cerveau fait ce qu’il sait faire de mieux : il commente, il analyse, il critique.

« Où elle m’emmène là ? »

« Non, j’aurais pas choisi ce terme. »

« Ok, j’ai bien capté tes boucles 1. »

« Oh ! cette boucle 2 me plaît bien, je m’en resservirai ! »

« Ah Ah ! cette suggestion ne marche pas avec moi. »

Mais comme elle m’avait laissé la liberté d’adapter, je modifie les mots dans ma tête. Et la séance se poursuit.

Là, après avoir parcouru certaines étapes de ma vie, sans prévenir, je me retrouve ailleurs.

Pas dans un souvenir flou. Non. Je suis à 8 ans. Vraiment. Les sensations, les sons, l’odeur.

Ma posture change. Mon corps se recroqueville légèrement, comme celui d’un gamin. Ma jambe se balance sur la chaise. Ma voix, quand je parle, n’est plus la mienne. C’est celle d’un enfant. Les mots que j’utilise aussi.

C’est pas un film que je regarde. J’y suis.

Je redouble mon CE2. Pas parce que mes résultats étaient insuffisants mais, selon mon institutrice, parce que j’avais été trop souvent absent pour cause d’asthme. Ma mère le sent mal. Je le sens aussi. Qu’elle se torture d’avoir accepté cette décision.

Alors je lui dis : « Tu sais Maman, tu as bien fait de me faire redoubler. Je me sens mieux dans cette classe. »

C’était faux.

Je lui ai juste dit ce qu’elle avait besoin d’entendre.

En remontant les étapes suivantes, je réalise que je traînais depuis près de 40 ans un sentiment de honte et d’illégitimité. Comme un sac à dos devenu trop lourd qu’on oublie qu’on porte.

Et je comprends quelque chose que je n’avais jamais compris : tout ce qui m’est arrivé – ma personnalité, mes choix, tout ce qui fait de moi qui je suis aujourd’hui – n’est pas un hasard. C’est exactement ce qui m’a fait.

Après la séance, j’ai senti la différence.

Pas un soulagement spectaculaire. Juste une légèreté. Une sorte d’apaisement mêlé à une reconnaissance et une satisfaction réelle. Comme si quelque chose s’était déposé.

Cette séance a renforcé ce que je savais déjà : le rapport de confiance est essentiel. Si je n’avais pas eu confiance en ma formatrice, je n’aurais jamais lâché prise. (Merci Élodie.)

Aujourd’hui, je pratique. Et de ce côté-là du fauteuil, on voit des trucs qu’on ne ressent pas quand on est « dedans ».


Pour aller plus loin

Hypnose : les deux côtés du fauteuil – Partie 2 (vue côté praticien)publication à venir

Le livre qui m’a confirmé ce que je ressentais : David Corona (2022). NégocierLien Babelio

L’hypnose ericksonienne : ce que c’est vraiment et… ce que ce n’est pas !Lire l’article

Pour en savoir plus : [Me contacter]