La négociation entre parties
Ce dialogue que vous refusez d’avoir (et qui vous sabote)
« Arrête de te saboter. » Voilà sans doute le pire conseil qu’on puisse vous donner quand vous êtes coincé entre deux désirs contradictoires. Parce que cette petite phrase sous-entend qu’il y aurait en vous une partie « bonne » qu’il faudrait renforcer, et une partie « mauvaise » qu’il faudrait éliminer. Une guerre civile à gagner. Un combat contre soi-même.
Sauf que ça ne marche pas comme ça.
Quand une partie de vous veut arrêter de fumer et que l’autre refuse de lâcher cette cigarette après le café, ce n’est pas un sabotage. C’est un conflit. Deux intentions qui s’opposent. Et comme dans tout conflit, la force ne résout rien. Elle aggrave tout.
Ce que vous appelez « auto-sabotage » est souvent une protection archaïque. Une alarme qui se déclenche. Un système de défense qui date d’une époque où il vous a sauvé la mise, mais qui aujourd’hui vous bloque. L’intention est positive. Le moyen est devenu obsolète.
Si, au lieu de vous battre, vous négociiez ?
Vous ne pensiez tout de même pas que j’allais écarter un tel sujet, n’est-ce pas ?
Sommaire
- Pourquoi « se battre contre soi » aggrave tout
- Ce que j’ai appris en négociation de crise
- Comment j’ai découvert cette technique
- La négociation entre parties en hypnose
- Quand une partie refuse de négocier
- L’accord n’est pas une reddition
Pourquoi « se battre contre soi » aggrave tout
Imaginez une guerre civile. Deux camps qui se déchirent. Chacun convaincu d’avoir raison. Plus le conflit dure, plus les positions se durcissent. Plus on force, plus l’autre résiste. Jusqu’au blocage total.
C’est exactement ce qui se passe quand vous essayez de « vaincre » une partie de vous-même.
Vous voulez arrêter de fumer. Vous avez lu les articles, tenté les patchs, mobilisé au maximum toute votre bonne volonté mais rien ne tient. Parce qu’à chaque fois que vous forcez, une partie de vous résiste. Celle qui a peur de perdre ce rituel, ce sas de décompression, cette micro-respiration dans une journée trop pleine.
Vous voulez changer de vie. Quitter ce poste qui vous épuise pour un projet qui a du sens. Vous avez le plan, les compétences, même un peu d’épargne. Mais chaque fois que vous approchez de la ligne de départ, quelque chose vous retient. Une voix qui dit : « C’est risqué. Et si ça ne marche pas ? »
Vous voudriez dire non. Poser des limites claires. Mais dès que vous vous apprêtez à le faire, vous vous taisez. Parce qu’une partie de vous a peur du conflit, peur de blesser, peur d’être rejeté.
Ce ne sont pas des défauts de caractère mais des conflits internes. Ce n’est pas du sabotage mais juste un dialogue qui n’a jamais eu lieu.
Cette partie qui « résiste » ne vous veut pas de mal.
Elle protège quelque chose. Ou du moins, elle croit protéger quelque chose. Une sécurité. Un équilibre. Une habitude qui, à une époque, vous a peut-être sauvé.
Le problème, ce n’est pas qu’elle existe. C’est qu’elle n’a jamais été entendue. Alors elle hurle. Elle freine. Elle bloque. Parce que c’est le seul moyen qu’elle a trouvé pour se faire entendre.
Quand vous comprenez ça, tout change. Vous n’avez plus un ennemi intérieur à abattre. Vous avez deux alliés qui ne parlent pas la même langue.
Ce que j’ai appris en négociation de crise
Tout au long de ma carrière j’ai été confronté à des personnes en crise. Des situations de toutes intensités mais où tout peut basculer. Où la force est la pire des options.
La première règle d’une négociation, c’est d’écouter. Vraiment écouter. Pas pour convaincre, ni pour manipuler. Pour comprendre ce qui se joue. Quelle peur, quel besoin, quelle protection.
La deuxième règle, c’est de ne jamais nier la réalité de l’autre. Si quelqu’un a peur, il a peur. Point. Lui dire « tu n’as aucune raison d’avoir peur » ne sert à rien. Ça ferme le dialogue.
La troisième règle, c’est de chercher un terrain d’entente. Pas une reddition. Encore moins une victoire. Un accord. Une issue où les deux parties trouvent leur compte.
Quand je suis passé de la négociation de crise à l’hypnose ericksonienne, j’ai retrouvé exactement la même logique. Sauf que la personne en crise, c’est vous. Les deux camps sont à l’intérieur : le dialogue est devenu intérieur.
Mais les règles restent les mêmes. Et mon rôle aussi : faciliter ce que vous ne pouvez pas faire seul.
Comment j’ai découvert cette technique
La Négo m’avait déjà convaincu de la puissance des mots. De l’écoute. De l’absence de force. Mais je ne savais pas encore qu’on pouvait négocier avec soi-même.
Un jour, je tombe sur une vidéo de Kevin Finel. Je vois ce praticien en hypnose qui fait bouger les mains d’une personne. Seules. Sans qu’elle décide consciemment de les bouger. Mon esprit critique se réveille immédiatement. Méfiant. Sceptique. « C’est du cinéma. Ça ne peut pas marcher. »
Mais cette méfiance, c’est aussi ce qui me pousse à creuser, à me documenter, à recouper les sources : psychologie, neurosciences, articles, études. Des mains qui bougent toutes seules, ça doit forcément exister ailleurs. Et effectivement, ça existe et ça s’explique : ça s’appelle des mouvements idéomoteurs.
Alors je continue. Livres. Vidéos. Formations. J’apprends que Milton Erickson, psychiatre américain, utilisait ces techniques depuis les années 1950. Que Richard Bandler et John Grinder ont modélisé son approche. Que la négociation entre parties est une technique reconnue, utilisée, documentée.
Mais savoir, ce n’est pas comprendre.
Au début de ma formation en hypnose ericksonienne, je reste encore un peu dubitatif. Comment peut-on réussir à faire faire ça à quelqu’un ? Comment une partie de nous peut-elle parler sans que notre mental s’en mêle ?
Et puis, un jour, je comprends. Finalement, à part poser des questions et écouter, le praticien ne fait rien : c’est la personne elle-même qui fait tout le boulot.
Mais… c’est pas un peu un métier de flemmard ça ? J’adore !!!
Et c’est exactement comme en négociation de crise.
Je ne suis pas là pour convaincre ; je ne suis pas là pour forcer. Je suis là pour permettre un dialogue qui n’avait jamais eu lieu. Entre deux parties qui coexistent depuis longtemps, mais qui ne se sont jamais vraiment écoutées.
Cette partie de moi qui reste méfiante – je l’appelle « La Protectrice » – elle est toujours là. Elle vérifie, recueille les sources. Elle s’assure que ce que je fais est fondé, éthique, efficace. Et c’est grâce à elle que je peux aujourd’hui proposer cette technique en toute conscience.
Parce que la négociation entre parties, ce n’est pas de la manipulation. C’est de l’écoute. De l’intérieur.
La négociation entre parties en hypnose
En hypnose ericksonienne, la négociation entre parties consiste à faciliter ce dialogue interne. À créer un espace où les intentions contradictoires peuvent s’exprimer, être entendues, et trouver un terrain d’entente.
Concrètement, vous êtes en état d’hypnose. Pas endormi. Pas inconscient. Juste dans un état de conscience modifié qui permet d’accéder à ces parties internes plus facilement.
Je vous invite à identifier la partie de vous qui veut le changement. Celle qui veut arrêter de fumer, changer de vie, s’affirmer. Vous lui donnez une forme, une voix, une présence ou même un nom. Pas besoin de visualisation précise. Juste une sensation, une intuition.
Puis, je vous invite à identifier la partie qui résiste. Celle qui freine. Celle qu’on accuse souvent de « saboter ». Et là, quelque chose de surprenant se produit : cette partie a des choses à dire. Des peurs légitimes. Des besoins réels.
Marine et la cigarette
Marine veut arrêter de fumer. Elle connaît les risques. Elle a tout essayé. En hypnose, elle identifie sa « partie fumeuse ». Et découvre que cette partie ne veut pas la détruire. Elle veut juste préserver ce moment de pause. Ce sas entre le boulot et la maison. Cette micro-respiration dans une journée où elle court sans arrêt.
Quand Marine comprend ça, la question change. Ce n’est plus « comment arrêter de fumer malgré cette partie ? ». C’est « comment préserver ce besoin de pause autrement ? ».
Les solutions émergent alors naturellement. Pas imposées. Négociées. Marine propose à sa partie : « Et si je gardais ma pause, mais sans cigarette ? Cinq minutes dehors, un thé, un vrai sas. Tu aurais ton moment. Je protégerais mes poumons. »
La partie accepte. Parce qu’elle a été entendue. Parce qu’on ne lui a pas demandé de disparaître. Juste d’accepter un autre moyen pour obtenir la même chose.
Grégory et la reconversion
Grégory veut quitter son poste pour se lancer dans un projet qui a du sens. Il a tout préparé. Mais chaque fois qu’il s’approche de la décision, il recule. En hypnose, il identifie sa « partie sécuritaire ». Cette partie ne veut pas le condamner à l’ennui. Elle veut éviter le danger. Protéger la stabilité.
Parce qu’il y a cette croyance – pour le coup, limitante – , ce « il faut » qui impose, cette idée reçue que l’herbe n’est pas plus verte ailleurs. Cette partie-là s’est probablement construite à un moment où ses priorités ont changé : lorsqu’il est devenu papa, peut-être. Ou bien était-ce à un autre moment de sa vie ?
Quand Grégory entend vraiment cette peur, il peut négocier : « OK, si je comprends bien, tu veux de la sécurité. Et si on testait le projet en parallèle pendant six mois avant de tout lâcher ? Tu aurais ton filet. Je pourrais avancer. On risquerait moins. »
La partie accepte. Pas parce qu’elle a perdu. Parce qu’elle a trouvé un accord qui respecte son besoin. Et c’est comme ça qu’il choisit de démissionner pour ouvrir son cabinet.
Toute ressemblance avec des personnes réelles serait pure coïncidence… enfin, probablement !
Léa et le non
Léa voudrait s’affirmer. Dire non quand il faut dire non. Poser des limites. Mais dès qu’elle s’apprête à le faire, elle se tait. En hypnose, elle identifie sa « partie silencieuse ».
Cette partie ne veut pas qu’elle reste invisible. Elle veut éviter le conflit. Parce qu’à une époque, dans sa famille, dire non signifiait déclencher des cris, des portes qui claquent, des silences glacials. Dire oui, c’était acheter la paix.
Quand Léa valide cette peur, elle peut proposer autre chose : « Et si je disais non autrement ? Sans conflit. Juste des limites claires, posées calmement. Pas d’affrontement. Juste de la clarté. »
La partie hésite. Puis accepte d’essayer. Parce qu’on ne lui demande pas d’affronter ce qu’elle redoute. On lui propose un chemin qui contourne la peur.
La négociation entre parties, ce n’est pas une mise en scène. Ce n’est ni du théâtre, ni une schizophrénie. C’est juste un dialogue facilité entre des intentions qui coexistent en vous depuis longtemps, mais qui ne se sont jamais vraiment écoutées.
Quand vous écoutez enfin cette part de vous qui résiste, elle peut lâcher prise. Pas par défaite. Par accord.
Chaque séance est différente comme chaque négociation est unique. Il n’y a pas de protocole figé. Parce que vos parties ne sont pas des algorithmes. Elles sont vivantes, dynamiques, réactives… créatives !
Mon rôle, c’est de faciliter ce dialogue. Pas de le dicter.
Quand une partie refuse de négocier
Et oui, parfois ça coince. Une partie refuse de parler. Ou elle accepte un accord, puis revient en arrière. Il arrive même qu’elle se taise pendant toute la séance.
Ce n’est pas un échec. Ça arrive. Et c’est normal. C’est même une information précieuse.
Si une partie refuse de négocier, c’est qu’elle n’a pas encore confiance. C’est qu’elle n’a peut-être pas été entendue ou qu’on lui demande trop d’un coup.
Dans ce cas, on ne force rien. On respecte, on prend le temps, on cherche d’abord à comprendre pourquoi elle se méfie.
Parfois, il faut plusieurs séances. Alors, on travaille d’abord sur autre chose avant de revenir au conflit initial.
L’hypnose ericksonienne, ce n’est pas de la magie. C’est une négociation. Et comme toute négociation, ça demande du temps, de l’écoute++, et du respect.
L’accord n’est pas une reddition
Si vous vous reconnaissez dans ces situations, si vous avez l’impression de vous battre contre vous-même, que vous en avez marre d’essayer de « vaincre » une partie de vous qui résiste, il y a peut-être une autre voie.
Pas une guerre à gagner. Un dialogue à rétablir.
Vos parties ne sont pas vos ennemies. Ce sont des alliées maladroites. Des systèmes de protection qui ont fait leur temps. Des intentions positives qui utilisent des moyens obsolètes.
Quand vous arrêtez de les combattre et que vous commencez à les écouter, quelque chose se débloque. Pas instantanément. Pas magiquement. Mais durablement.
L’accord interne existe. Il faut juste accepter de négocier.
Ces vingts dernières années, j’ai vu des conflits détruire des vies. Pas parce qu’ils étaient insolubles. Parce qu’on refusait le dialogue. Vos parties attendent juste qu’on les écoute.
Pour aller plus loin :
- L’hypnose ericksonienne : ce que c’est vraiment et… ce que ce n’est pas ! → Lire l’article
- Miras, P. (2023). L’Hypnose au bout des doigts : Le Swan et autres histoires. → Lien Babelio
- Bandler, R. & Grinder, J. (2019). Le recadrage : Transformer la perception de la réalité avec la PNL. → Lien Babelio
- Roustang, F. (2003). Il suffit d’un geste. → Lien Babelio
Besoin d’un accompagnement ?
Vous vous sentez coincé entre deux intentions contradictoires et vous en avez assez de vous battre contre vous-même : prenez rendez-vous. Ensemble, on facilite ce dialogue interne, sans force, sans jugement. Juste une négociation entre parties qui ont toutes quelque chose à dire.
