Homme en costume face à une échelle trop courte symbolisant un contexte de travail avec moyens insuffisants et burnout professionnel

Vous cherchez le problème en vous : cherchez plutôt autour (2/2)

– Partie 2 –

Cet article fait suite à la Partie 1 : Arrêtez de chercher en vous ce qui est cassé dehors


Dans la première partie, nous avons vu comment la psychologisation à outrance vous fait chercher en vous ce qui est cassé dehors. Vous avez compris que certains contextes sont objectivement, mesurablement pathogènes. Que certaines approches thérapeutiques vous rendent « fonctionnel » dans un système qui dysfonctionne.

Vous savez maintenant que ce n’est pas vous qui êtes défaillant. C’est le système qui l’est.

Mais comment faire la différence concrètement ?

Comment savoir si vous devez travailler sur vous ou changer de contexte ?

Parce que parfois, c’est les deux :
Un contexte partiellement toxique + des mécanismes internes qui aggravent la situation.

Voici comment clarifier. Et surtout, comment agir.


Sommaire


Les vraies questions à se poser

Comment distinguer ce qui relève de vous (travail intérieur pertinent) de ce qui relève du contexte (problème systémique) ?

L’équation simple

Votre cerveau fait ce calcul en permanence : ce qu’on me demande vs ce que je peux faire.

Quand vous pouvez faire plus que ce qu’on vous demande : vous vous sentez compétent, stimulé, confiant.
Quand on vous demande plus que ce que vous pouvez faire : vous doutez, vous angoissez, vous vous épuisez.

Dans les coaching ou les formations « gestion du stress », on entend souvent : « Vous surestimez les contraintes et vous sous-estimez vos ressources. »

Parfois, c’est vrai. Vous pouvez faire plus que ce que vous croyez. Vous pouvez déléguer, poser des limites, ajuster votre manière de faire.

Mais parfois, ce n’est pas une question d’estimation.

Nicolas (le pompier dont nous avons parlé dans la Partie 1) fait 260 heures par mois. Le corps humain ne peut pas tenir ce rythme biologiquement. Ce n’est pas qu’il sous-estime ses ressources. C’est mathématique.

La question qui clarifie tout

« Si je changeais totalement ma manière d’être, ma personnalité, mes croyances, mes comportements… est-ce que le problème disparaîtrait ? »

  • Si oui → Travail intérieur pertinent. Vous pouvez agir dessus.
  • Si non → Problème de contexte. Aucun travail intérieur ne le résoudra.

Le cas de Nicolas

Question : Si Nicolas devenait zen, résilient, parfaitement équilibré… est-ce qu’il pourrait faire 260 heures par mois sans s’épuiser ?

Réponse : Non.

Conclusion : Problème de contexte.

Nicolas n’a pas besoin d’hypnose ou autre accompagnement pour « mieux gérer ». Il a besoin de clarifier que son contexte est objectivement intenable. Ensuite, il pourra décider quoi faire.

Le contre-exemple : Gilles

Gilles est cadre en entreprise. Il est épuisé. Mais son contexte objectif : 45h/semaine (intense mais pas intenable), équipe complète, hiérarchie exigeante mais pas toxique.

En séance, on découvre que Gilles se met une pression énorme pour être irréprochable. Il ne délègue jamais. Il répond même aux mails à 23h alors que personne ne le lui demande.

Question : Si Gilles apprenait à déléguer, à accepter que « suffisamment bien » c’est suffisant… est-ce que son épuisement diminuerait ?

Réponse : Oui.

Conclusion : Travail intérieur pertinent.


Ce qui relève de vous vs du contexte

Travail intérieur pertinent si :

  • Vous avez des croyances limitantes réelles (« Je dois tout gérer seul » alors que vous pourriez déléguer)
  • Vous avez du mal à poser des limites alors que c’est possible sans sanction
  • Vous êtes perfectionniste alors que personne ne vous demande d’être parfait
  • Vous doutez de votre légitimité alors que vous êtes objectivement compétent (syndrôme de l’imposteur)

Problème de contexte si :

  • Le planning est structurellement intenable
  • Le service est en sous-effectif chronique
  • Les moyens manquent
  • La hiérarchie est toxique
  • Les objectifs sont contradictoires

La nuance :
Souvent, c’est les deux. Un contexte partiellement toxique + des mécanismes internes qui aggravent.

Dans le cas de Nicolas : son contexte est objectivement intenable (260h/mois, sous-effectif, 0 débriefing). MAIS il a aussi des croyances qui l’empêchent de se protéger : « Si je pose des limites, je trahis mes collègues. » « Je dois tout encaisser, c’est mon métier. »

Le travail en hypnose va l’aider à identifier ces croyances. Pas pour qu’il « tienne mieux ». Pour qu’il puisse agir lucidement et sortir de ce contexte.


Distinguer adaptation saine et compromission

Il y a s’adapter. Et il y a se compromettre.

Adaptation saine
Ajuster sa communication, gérer ses émotions, poser des limites… dans un cadre globalement fonctionnel.

Ex : Apprendre à dire non calmement, gérer son stress face à une échéance ponctuelle, accepter que « suffisamment bien » c’est suffisant.

Compromission
Se déformer, s’anesthésier, s’oublier pour tenir dans un système pathogène.

Ex : « Gérer son stress » face à un planning de 260h/mois, « développer sa résilience » face à un harcèlement moral, « lâcher prise » face à des objectifs contradictoires ou des ordres absurdes.


Mon expérience en gendarmerie

24 ans de carrière. 0 heure de sensibilisation aux risques psychosociaux.

Aucun intervenant, aucune formation prévue au service, mais des affiches partout. « Prenez soin de vous. » « Parlez-en. »

Et quand un camarade s’effondrait ? Il était « jugé » pour être en arrêt. Ou on le détachait dans un autre service. Et on le laissait croire que le problème, c’était lui.

Jamais on ne questionnait le système.

J’ai vu des gens formidables se compromettre. S’anesthésier émotionnellement pour tenir. Porter le masque H24. Boire pour dormir.

Et le système leur disait : « Travaille sur toi. Gère ton stress. »

Alors ils travaillaient sur eux.

Et ils s’effondraient quand même.

Parce qu’aucun travail intérieur ne compense un contexte structurellement pathogène.


Comment savoir si vous êtes en compromission ?

« Est-ce que je renonce à des besoins humains fondamentaux pour tenir dans ce contexte, dans cet environnement ? »

Besoins humains fondamentaux : Sommeil réparateur, temps de récupération, relations sociales/familiales, activités personnelles, cohérence entre valeurs et actions, sentiment d’utilité, sécurité psychologique.

Si vous renoncez à plusieurs de ces besoins pour tenir… vous n’êtes pas en adaptation. Vous êtes en compromission.

Nicolas a renoncé à :

  • Sommeil réparateur (4-5h/nuit en moyenne)
  • Temps de récupération (astreintes enchaînées)
  • Relations familiales (absences répétées, épuisement permanent)
  • Cohérence valeurs/actions (il est devenu pompier pour aider, il fait de la gestion de flux)

Il n’était pas en adaptation. Il était en compromission.


Les sorties possibles

Vous avez clarifié. Vous avez compris que votre contexte est objectivement pathogène. Qu’est-ce que vous faites concrètement ?

1. Agir sur ce qui est modifiable

Si vous pouvez agir dans votre contexte actuel :

  • Poser des limites (si possible sans sanction)
    Refuser certaines tâches. Négocier votre charge. Dire non aux astreintes supplémentaires.
  • Communiquer différemment
    Alerter votre hiérarchie factuellement : charge mesurable, sous-effectif chiffré. Impliquer la médecine du travail. Documenter (mails, comptes-rendus) pour traçabilité.
  • Lever vos croyances limitantes
    « Je dois tout gérer seul » → Non. Vous pouvez déléguer ce qui est délégable.
    « Si je dis non, je trahis » → Non. Vous vous protégez.
    « Je dois être irréprochable » → Non. « Suffisamment bien » suffit.

2. Sortir si le contexte est irrécupérable

Si vous avez exploré toutes les marges de manœuvre et que le contexte reste pathogène : parfois, la vraie lucidité, c’est de partir.

Options possibles :

  • Mutation interne (si possible dans votre organisation)
  • Reconversion professionnelle (formation, VAE, création d’activité)
  • Démission (si situation financière le permet)
  • Arrêt maladie (si effondrement imminent ou en cours)

Aucune de ces options n’est un échec. C’est un choix éclairé.


Le cas de Nicolas

Nicolas a demandé une mutation. Il a quitté son service en sous-effectif chronique pour un service mieux doté.

Pompier, il a toujours des horaires atypiques. Mais sa charge de travail est passée de 260h à 180h/mois.

Il dort à nouveau, il voit ses enfants, il ne s’effondre plus les week-ends.

Il me dit : « Je croyais que j’étais devenu fragile. En fait, j’étais dans un environnement insupportable. »


Le piège de la culpabilité

Quand vous partez, vous culpabilisez.

« J’abandonne mes collègues. » « Je laisse tomber les usagers. » « Je fuis. »

Non. Vous ne fuyez pas. Vous vous protégez.

Et votre présence dans un système pathogène ne le rend pas moins toxique. Au contraire : elle le légitime.

En partant, vous envoyez un signal : « Ce contexte n’est plus tenable. »

Nicolas culpabilisait. « Si je pars, mes collègues vont devoir encaisser ma charge. »

Je lui demande : « Combien êtes-vous actuellement dans le service ? Combien devriez-vous être ? »

Il fait le calcul : « 7 au lieu de 12. »

Et il réalise : « En fait, mes collègues encaissent déjà la charge. Ma présence ne résout pas le sous-effectif. Elle le masque. »

Vous n’êtes pas obligé de couler avec le bateau !

Partir, c’est renoncer. Mais renoncer à un contexte pathogène, c’est vous protéger.


Conclusion

Ce n’est pas vous qui êtes défaillant. C’est le système qui l’est.

Votre épuisement n’est pas une faiblesse. C’est une réaction normale face à des conditions anormales.

Le travail intérieur a du sens. Mais pas pour vous rendre fonctionnel dans un système qui dysfonctionne.

Arrêtez de chercher en vous ce qui est cassé dehors.

Clarifiez ce qui relève de vous et ce qui relève du contexte.

Agissez sur ce qui est modifiable.

Et si le contexte est irrécupérable, partez.

Ce n’est pas un abandon. C’est une décision lucide.


Pendant des années, j’ai fait ce que font beaucoup : me déformer pour mieux me conformer.

Relations interpersonnelles laborieuses. Ambiance pesante. Quand plusieurs d’entre nous ont exprimé leur mal-être, la réponse a été : « Malheureusement, on ne peut pas s’entendre avec tout le monde. »

Comme si entre se sauter au cou tous les jours d’un côté, et la froideur toxique de l’autre, il n’existait aucun juste milieu.

Des relations professionnelles cordiales, ce n’est pas une exigence déraisonnable. C’est un minimum. Surtout quand on exerce un métier où la cohésion peut faire la différence entre rentrer chez soi ou pas.

J’ai compris une chose : l’environnement dans lequel je me trouvais était devenu structurellement non écologique pour moi. Pour des raisons qui ne relevaient pas de moi.

Alors quand on m’a proposé « le choix » : rester dans cette unité ou muter dans une autre avec les mêmes dysfonctionnements, j’ai compris qu’entre deux faux choix, il n’y a pas de choix.

J’ai choisi l’option 3. Celle qu’on ne vous présente jamais : partir.

Pendant longtemps, j’ai cru être un cas isolé. Un problème. On m’a d’ailleurs laissé le croire. Puis j’ai réalisé que je n’étais qu’un cas isolé parmi des milliers d’autres qui font le même constat.

Si vous lisez cet article, c’est peut-être que vous vous posez les mêmes questions.

Alors je vous le dis clairement : vous n’êtes pas le problème. Il est autour de vous.


Prêt(e) à clarifier ?

Ou contactez moi directement.


Ressources utiles

Si vous êtes en détresse ou si vous avez des pensées suicidaires :

3114 : Numéro national de prévention du suicide (gratuit, 24h/24) → Accéder au site

PSYCOM Santé Mentale InfoAccéder aux ressources

Croix-Rouge Écoute : 0 800 858 858 → Accéder au site


Si vous êtes personnel d’intervention :

Dispositif « Écoute défense » : 08 08 800 321 → Accéder au site

SSPO Police Nationale : 01 80 15 47 09 (bureau) / 01 80 15 47 00 (soir/nuit)

SPS (Soins aux Professionnels en Santé) : 0805 23 23 36 → Accéder au site

Baromètre Stress Opérationnel (10 questions, 3 min, anonyme) → Évaluer mon niveau


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